L’être humain a toujours déployé autant d’imagination pour faire du mal à son prochain que pour lui faire du bien, on ne compte plus les substances chimiques issues de l’industrie pharmaceutique détournées de leur fonction initiale et vendues comme moyen de se détruire.
Depuis plusieurs décennies, une molécule proche de la famille des amphétamines est devenue le cauchemar des autorités américaines et sud asiatiques. Ce phénomène, d’abord appelé la « cocaïne du pauvre » a été rebaptisé d’un nom des plus poétiques : le « crystal », faut avouer que ça fait quand même moins cheap… En comparaison avec les grands classiques de la toxicomanie que sont l’héroïne et la cocaïne, le crystal est relativement bon marché, car facile à produire et composé d’une substance très courante en pharmacie : la pseudoéphédrine, élément banal dans les médicaments contre le rhume.
Pas besoin d’être un prix Nobel de chimie et de posséder un laboratoire sophistiqué pour fabriquer cette crasse, il suffit d’avoir son diplôme de secondaires section « sciences fortes », de disposer d’un local, genre cuisine, garage, grange, et d’un « starter kit cuisine » IKEA (le kit casseroles, pas service de table). En occident, le phénomène touche essentiellement l’Amérique du Nord, Etats-Unis en tête, et concerne toutes les couches de la population : l’adolescent boutonneux, l’executive manager, la mère de famille, l’avocat branché ou l’agriculteur de l’Oklahoma. Et comme les mauvaises habitudes américaines se répandent avec la même facilité en Europe que les poux sur les têtes blondes peuplant les cours d’écoles, il y a fort à parier que nos paisibles contrées pullulent de zombies « crystallisés » dans peu de temps….
Mais d’où ça vient ?
Le principe actif du crystal, l’éphédrine d’abord, et maintenant la pseudoéphédrine, provient au départ de l’éphédra, une plante asiatique. Les deux sont maintenant synthétisées. C’est au début du XXe siècle que la médecine découvrira les vertus de ces alcaloïdes : vasodilatation des bronches pour l’éphédrine (les asthmatiques de l’époque étaient ravis) la vasoconstriction des muqueuses pour la pseudoéphédrine, entre autres, nasales, ce qui permettait, et permet toujours, de lutter contre les méfaits du rhume. Mais pendant que cette charmante substance s’occupe de nos poumons et de notre nez, elle s’intéresse aussi à notre cerveau. Sa consommation libère une quantité importante de dopamine, molécule produite par notre encéphale intervenant sur le désir d’agir et la sensation de plaisir. Bref, un asthmatique en pleine crise avec un nez encombré comme le tunnel du cinquantenaire un jour de grève de la SNCB se retrouve, après absorption de pseudoéphédrine prêt à courir un marathon en dictant la suite de la trilogie du Seigneur des Anneaux tout en affichant un sourire béat digne de celui d’un moine tibétain en plein extase…
Tous camés à moindre prix ?
La pseudoéphédrine est un composant courant de gouttes pour le nez, son prix démocratique et sa disponibilité évidents facilitent grandement le travail des fabricants de crystal. A tel point que des géants de la grande distribution américains (ce sont les géants qui sont américains, pas la distribution) ont décidé de retirer ce type de produits de leurs rayons pour les vendre dans leurs pharmacies, le contrôle étant plus aisé.
Comme nous le disions, le crystal est facile à produire dans une cuisine, un garage ou une grange, ce qui explique que la drogue s’est d’abord répandue dans les campagnes avant d’atteindre les métropoles. On imagine bien que le phénomène est devenu le premier problème de lutte contre la drogue en Amérique du Nord, aux Etats-Unis, c’est presque une priorité nationale !
En comparaison, la coke, c’est une innocente tisane !
A la première prise, l’effet du crystal est immédiat, le volume important de dopamine libéré cause un état d’exaltation et d’agitation fébrile, on se sent capable de tout et en pleine forme pendant des dizaines d’heures, certains gros consommateurs peuvent tenir quinze jours sans dormir, si si ! Mais pour retrouver cette sensation, on en reprend rapidement. A terme, cette amusante molécule diminue la capacité de notre cerveau à produire de la dopamine, donc on augmente les doses, vous voyez le tableau. Finalement, l’usager présente des symptômes proches de la schizophrénie, devient paranoïaque, violent, maigrit de plusieurs dizaines de kilos et perd sa dentition (ce qui n’est pas franchement le signe d’une personne éclatante de santé). Dans les prisons et centres de désintoxication américains, on dénombre presque autant de zombies édentés intoxiqués par le crystal que de cafards. Ce sont des famille entières qui sont décimées : la mère de famille qui pensait avoir trouvé un moyen de mieux supporter ses moutards, l’époux qui imaginait que ça l’aiderait à subir son travail harassant à l’usine, l’adolescent qui a trouvé un bon moyen de vaincre sa timidité et d’aborder les nanas pour se faire dépuceler… 90 % de ceux qui ont essayé le crystal deviennent accros, et leur durée de vie à compter du début de leur dépendance est alors de sept ans !!! *
C’est pas une drogue de tapette !
Ben si, justement ! Dans les lieux de sortie gay (discothèques, bars, dark rooms), le crystal côtoie le poppers, la cocaïne et l’exctasy. Ces substances sont connues pour rendre leur consommateur plus actif sexuellement (surtout en cas de mélange) et les désinhiber, les pédés, comme les autres, oublient alors la capote dans leur frénésie libidineuse. Une étude récente du Gay & Lesbian Center de Los Angeles portant sur 19 000 hommes rapporte que près d’un gay sur trois contrôlé séropositif a reconnu avoir consommé du crystal. Comme la dépendance est quasi immédiate et l’espérance de vie réduite à une durée ridicule, ils mourront sans doute des effets de la pseudoéphédrine avant ceux du SIDA, mais ils auront eu le temps de contaminer pas mal de monde et d’entraîner d’autres victimes dans leur déchéance « crystalline ». Et pour ceux et celles qui y auraient pensé, si l’un des effets courant d’une toxicomanie est la perte de la dentition, c’est un argument un peu fallacieux pour se faire surnommer « Pipe de velours » !
* Selon les estimations rapportées par le National Post. Sources : Courrier International n°778 Assemblée générale extraordinaire des Nations Unies.
Mise en ligne par Monsieur_P
Date: Friday, October 14 2005
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