actualite_frmagazinerencontreechatliensontournederlands
 
GayBelgium comme page de démarrage
Ajouter à tes favoris
GayBelgium sur ton Palm
  Il suffit d’y croire…

… Tout comme au Père Noël, dans certaines circonstances. Rien ne laissait présager la rencontre entre Nicolas et Mehdi, fin décembre en plein désert. Une histoire vraie aux allures de conte de Noël.

Medhi
Le dernier chameau mourut vers midi. Partie un mois plus tôt de Tamanrasset, dans le sud algérien, la caravane des Touaregs avait longé la frontière du Niger et le désert du Ténéré, avant de mettre le cap sur Djanet, situé à la limite de l'erg Admet.

Huit jours plus tôt, une tempête de sable violente et soudaine avait séparé les membres de la caravane, qui comptait 35 hommes, 21 dromadaires et 19 chameaux.

Le jeune Mehdi venait d'avoir 18 ans. C'était sa première caravane et le Targui était chargé de convoyer, à l'arrière, les animaux de réserve. S'étant perdu dans un vent de sable opaque, il s'était retrouvé terrorisé et seul, sans réserve d'eau, au milieu du désert. Alors, il s'était souvenu des conseils des anciens qui, depuis les Numides et les Byzantins, se les transmettaient par tradition orale le soir autour des feux des bivouacs. Si l’on se perdait, il fallait rester sur place, ne pas bouger, économiser ses efforts, rechercher de l'ombre contre le flanc des bêtes, garder son chèche indigo sur la tête et tenter de faire vomir les chameaux pour récupérer un peu de leur eau. En cas d'échec, il y existait également une manière précise de tuer un chameau et de le dépecer pour atteindre sa réserve d'eau. Mais même les anciens n'en parlaient qu'avec dégoût et superstition, baissant la voix autour des braises mourantes.

Faire vomir les chameaux s'était révélé impossible, car il fallait au moins quatre hommes pour maintenir l'animal et l'empêcher de mordre, en plus d’un cinquième pour introduire une baguette d'acacia sauvage au fond de sa gorge. Or Mehdi était seul.

Pour survivre, il du se résoudre à tuer un chameau par jour selon la méthode enseignée, mais il fut surpris de la difficulté de l'opération, et surtout du peu d'eau mêlée de bile et de sang qu'il réussit à récupérer à l'occasion de cette véritable boucherie.

Une nouvelle crainte, celle du soleil, le cueillit au réveil : après 4 jours et 4 nuits, la tempête venait de tomber. Lorsqu'il ouvrit les paupières, il vit soudain la nuit laisser place au jour, non sans colorer les dunes de sable pendant une minute d'une couleur bleue absolument divine, phénomène météorologique que les voyageurs du désert connaissent bien.

Et lorsque midi culmina et que la carcasse du dernier chameau ne le protégea plus des rayons meurtriers, Mehdi su qu'il allait mourir. Frappé soudain d'agitation et de délire, il se mit à marcher en rond en vociférant, se débarrassant fébrilement de tous ses vêtements raidis de sang séché. La gorge en feu et le visage brûlé, il s'effondra finalement nu sur le sol, en proie au désespoir le plus pur. Beau, comme tout ce qui est indomptable, son dernier regard fut pour son corps sec, finement musclé, qui ne connaîtrait jamais l'amour. Une image de bas-relief en forme de salamandre agrémentée de l'antique écriture tifinagh des Touaregs vint ensuite danser devant ses yeux avant qu’il ne sombre dans le néant.

Nicolas
Situé à la frontière du Sud algérien et du Niger, le PC organisation du Paris Dakar grouillait comme une ruche. Le départ de la course allait être donné dans une semaine, et l'ultime vérification des itinéraires avait pris 4 jours de retard à cause d'une tempête de sable clouant les hélicos au sol.

Les épreuves et les combats de la vie avaient fait de Nicolas Klaus un patriarche. Le géant bronzé arborait une crinière de lion d'un blanc éclatant et une barbe de soie de la même couleur extrêmement soignée. Chef pilote, il régnait avec assurance et bonhomie sur une escadrille de douze hélicos de l'Aérospatiale – 8 Ecureuil et 4 Dauphin – tous biturbines et équipés des derniers perfectionnements en matière d'instruments de navigation.

L'inaction de ces derniers jours l'avait mis de mauvaise humeur, mais il retrouva son sourire en sortant de la tente, un seul coup d'œil vers le ciel ayant suffi à lui insuffler cette certitude : on allait voler aujourd'hui.

La pratique quotidienne de sport associée à une alimentation frugale et une hygiène de vie exemplaire lui donnait un aspect juvénile, bien qu'il soit proche de la pension.

C'était d'ailleurs son dernier Dakar et il entendait mener sa mission jusqu'au bout avec une compétence toute militaire, associée à une méfiance viscérale à laquelle il devait d'être encore en vie après plus de 12.000 heures de vol. Son habitude était de dire : il n'y a pas de bons ou de mauvais pilotes, il n'y a que des pilotes vivants !.

Allez, the show must go on, grommela-t-il amusé en enfilant sa combinaison de vol rouge vif, couverte d'écussons velcronisés et patinés, CV vivant d'une vie aventureuse, passionnée et passionnante, vécue aux quatre coins du monde au gré de son passage dans différentes unités, et de sa qualification de pilotage sur une série impressionnante de machines différentes.

Le dernier hélico, celui de Nicolas, décolla vers midi. Il s'était gardé pour lui un gros Dauphin rouge, mis à disposition par la Sécurité Civile française, entièrement équipé pour la recherche et le sauvetage ainsi que pour les évacuations médicales.

Bien que la machine soit équipée en double commande, il préférait voler seul, jouissant alors, bien au-dessus des contingences humaines, de la vue, avec une sérénité que rien ne venait perturber, mis à part le crachotement intermittent et feutré de la radio dans le casque.

- Avec mon habit rouge, mes sourcils blancs et mon traîneau volant, je dois ressembler au Père Noël, plaisanta-t-il à la radio au moment de tirer à son tour sur le pas collectif.
- T'as pas oublié de nourrir tes deux mille rennes au moins ? , sourit en retour l'opérateur radio de la base aérienne.
- Non, rassure-toi, je suis full pétrole, largement de quoi tenir jusqu'à l'erg Admet et retour, avec une solide réserve.
- Roger out et bon vol !

Ce fut une odeur anormale qui donna l'alerte à Nicolas Klaus, alors qu'il volait au-dessus des dunes de sable depuis plus de deux heures. Il s'était dérouté pour vérifier la présence de quelque chose d'insolite, qu'il avait finalement identifié comme étant cinq chameaux couchés sur le flanc dans une position inhabituelle, qui lui fit supposer qu'ils étaient malades ou morts. Il s'apprêtait à rejoindre sa route normale, lorsque l'incident survint.

Les pilotes doivent leur survie à une méfiance permanente à laquelle participent tous leurs sens. Une odeur de brûlé dans un aéronef est un signe d'une gravité extrême. Il vérifia d'un coup d'œil les instruments de bord, mais rien ne semblait anormal. Reniflant de plus belle, il lui sembla que l'odeur amplifiait.

Il se demanda s'il allait se poser en urgence lorsqu'une détonation violente retentit, suivie d'un bruit qui lui donna le frisson : celui d'un moteur pulvérisé en milles éclats, dont les pièces éjectées sont hachées par le rotor et qui se met à rugir à vide comme un mixer sorti d'une casserole de soupe, avant de s'interrompre brusquement dans un terrible silence… Le moteur avait littéralement explosé et la machine entamait une chute vertigineuse.

Nicolas retrouva aussitôt les réflexes acquis à l'entraînement et tira à fond de la main gauche sur la poignée du pas collectif, ce qui eut pour effet de donner un angle d'inclinaison maximal aux pales du rotor. La chute était telle que l'air s'engouffra en dessous des pales et se mit à les faire tourner comme un moulin-à-vent, permettant ainsi au pilote d'obtenir un effet de parachute et de reprendre le contrôle de l'hélico, luttant de la main droite avec le pas cyclique.

Privé de moteur, l'hélico en autorotation s'abattit comme une lourde mouette au milieu d'un océan de dunes désertes, calcinées sous un soleil implacable.

Nicolas et Medhi
Quand Nicolas reprit conscience, il était sain et sauf, seul au milieu du désert, sanglé sur le siège de la carcasse d'un hélico qui n'avait heureusement pas brûlé. Il fit rapidement l'inventaire de ses moyens de survie et sentit sa gorge se nouer en constatant que la radio était morte, qu'il n'avait presque plus d'eau et que la balise de détresse Argos avait été emportée par l'explosion des deux turbines.

Pour ne rien améliorer, un simple coup d'œil au ciel lui apprit aussi qu'une nouvelle tempête de sable, aussi brusque qu'inattendue comme elles le sont en décembre dans le Sahara, semblait se préparer. Il déballa ses fusées de détresse, et se mit à l'abri dans le cockpit.

Trois jours plus tard, affamé, déshydraté et délirant, perdu en pleine tempête de sable, il eut la vie sauvée par une caravane de Touaregs taiseux, habillés d'indigo, qui faisait route vers l'Est, à la recherche d'un des leurs, disparu lors de la précédente tempête.

Regroupés autour de Nicolas, ils contemplaient incrédules le monstre volant échoué dans la dune et cet homme imposant à la barbe blanche, tout de rouge vêtu !

Parlant surtout par gestes ponctués des quelques rares mots de dialecte local qu'il avait retenu, Nicolas eut un mal fou à convaincre le chef de la caravane d'infléchir sa route et de se diriger non pas vers l'Est, mais vers le Nord, où il se souvenait avoir vu les dépouilles des chameaux perdus.

Ayant finalement convaincu les Touaregs d'orienter différemment leurs recherches, il réussit à récupérer sur le tableau de bord un des deux compas, le seul à avoir survécu à l'accident.

Après quelques relevés et recoupements, il pu établir un cap et dut prendre une décision lourde de conséquence: devait-il rester près de l'épave, ou accompagner les Touaregs dans leur mission de sauvetage, quelqu'infimes soient les chances de réussite ?

La décision fut vite prise : ces gens lui avaient sauvé la vie en lui donnant eau et nourriture, il allait à son tour les aider. C'est toujours dans les circonstances extrêmes de la vie que l'on prend la mesure de la simplicité des choses.

Par une chance inespérée (mais les gens sages n'ont-ils pas toujours de la chance ?), ils retrouvèrent Mehdi le soir même, nu, décharné, épuisé mais vivant. Farouche, il accepta l'eau qu'il but avidement après avoir arraché la gourde des mains d'un de ses frères avec un regard de folie, mais ne laissa approcher personne, poussant des hurlements de bête acculée chaque fois qu'un des Touaregs en faisait mine.

La nuit tombait sur les feux du bivouac. On n'entendait maintenant depuis plus de trois heures qu'une longue plainte, déchirante et lugubre : Mehdi prostré était blotti près du feu, son corps nu lové en position fœtale dans le sable. La tête enfouie entre ses bras, on ne voyait que ses mèches rebelles, son corps secoué de spasmes, pleurant, inconsolable et inconsolé, tout le désespoir du monde d'avoir pris la mesure de la fragilité de la condition humaine.

Les autres Touaregs s'étaient endormis, harassés par la journée de marche forcée dans la tempête. Le froid tombait.

Alors Nicolas prépara silencieusement un couche près d'un feu, situé un peu à l'écart avec tout ce qu'il put trouver dans le campement endormi : deux tapis de selle en laine de chameau pour s'isoler du froid du sol et trois couvertures épaisses. Il ajouta un fagot d'acacia sauvage sur le feu mourant et en garda six autres en réserve près de lui.

Quand ce fût prêt, il s'approcha avec une tendresse infinie de l'adolescent en larmes, le souleva dans ses bras et l'installa avec délicatesse dans la couche préparée avec soin. Ensuite, il se coucha contre lui, colla sa puissante poitrine sur le dos transi de l'adolescent et l'enlaça étroitement pour le réchauffer. Les pleurs cessèrent. Une chaleur bienfaisante ne tarda pas à irradier leurs deux corps enlacés. Alors Mehdi tourna légèrement la tête, ouvrit les yeux pour voir penché sur lui le visage serein de cet homme à la crinière royale, blanche comme son habit était rouge, mystérieux et bienveillant, arrivé du ciel sur un traîneau volant en perdition, sauvé par les siens, et l'ayant sauvé à son tour. Mehdi lui adressa un sourire reconnaissant, embué de larmes. Tout était simple finalement : un prêté pour un rendu, une vie sauvée pour une vie sauvée, un chagrin pour une consolation, une caresse pour un moment de tendresse universelle. Nicolas, qui n'avait de sa vie connu que des femmes, fut étonné du naturel, de la simplicité et du bonheur avec lesquels ils s'aimèrent toute la nuit. C'est alors qu'il prit conscience que c'était la nuit de Noël. Tout lui sembla désormais simple et universel. Mehdi, lui, s'était finalement endormi, serein et apaisé, serrant dans son poing fermé ce qu'il avait pu attraper de la tignasse de Nicolas.

La tempête avait fait place à une belle nuit, étoilée et glaciale, comme on n'en voit que dans le désert.

Et celui qui a un peu voyagé sait qu'on ne sort pas indemne d'une nuit dans le désert: le fait de pouvoir toucher les astres en tendant simplement la main vers la voûte étoilée modifie, et pour toujours, la perception de l'Eternité.

Rédaction : Nicolas

Tout comme Nicolas (dont cette nuit de Noël est restée sa seule expérience gay), vous pouvez envoyer vos témoignages ou réflexions à redaction@office.gaybelgium.be

Voir également

Bonne fête mon fils
Guérir et Gayrire
Il n'y a de vrai bonheur qu'inattendu

Mise en ligne par Axel
Date: Sunday, December 26 2004


 

 

Ton nom
Ton E-Mail
Confirme ton E-Mail
S’inscrire Se désinscrire


 

 
 

 



© 2000-2008 GayBelgium - www.gaybelgium.be - Tous droits réservés

Webcredits | Partenaires | Conditions générales | Vie privée | Droits d’auteur