Le 7 juin, Erik Rémès publie aux Editions Blanche le Guide du sexe gay. A la lecture de ce guide, on se demande bien pourquoi GAY et pas GAI? C’est vrai ça, pourquoi puisqu’il nous parle aussi des autres formes de sexualité?
A part ce détail, c’est flamboyant, rafraîchissant, revigorant. Au début, on le lit avec crainte. La peur est là, de s’ennuyer avec un tel pavé (plus de 300 pages!). On redoute le face-à-face avec les termes techniques ou médicaux. Si on croit tout savoir, on appréhende de ne rien découvrir. Si on est fragile et qu’on doute de son approche personnelle du sujet, on tremble d’être un peu plus déstabilisé. A raison puisque ce n’est pas une œuvre de fiction, de friction plutôt. Car il s’agit bien de ça; et le plaisir vient.
En effet, le contenu n’est pas rébarbatif, l’humour est au coin de la page et il est voisin, voir semblable aux titres que l’on trouve dans son précédent roman: Sérial Fucker. Le thème traité bénéficie d’une approche décomplexée, d’une mise à distance et du parti pris de s’éloigner du joug de l’hétéronorme. Rémès s’amuse et jongle avec les aspérités sombres et délicieuses des formes de sexualités les plus variées. Il emploie par ailleurs un langage clair, simple et des termes communs. De temps en temps, un petit glossaire pour se reprendre ou répondre aux désirs que les uns ou les autres auraient de vouloir apprendre de nouveaux mots. Des passages que l’on peut aisément passer.
Chacun y retrouve ses petits (ses pratiques) et peut même en adopter de nouveaux (de nouvelles). Car, si chacun s’y retrouve, c’est que tout le monde peut s’y chercher. Nous avons tous des plaisirs en jachères, des sens endormis qui ne demandent qu’à être éveillés. C’est très ouvert tout ça.
Point de jugement, sauf peut-être à l’encontre de ceux qui jugent, et qui se le permettent au nom de la norme qui se croit du côté du droit et de la raison: l’hétéronorme que certains pensent comme unique, évidente, seule au monde.
Point d’apologie non plus. Erik Rémès n’est plus là dans l’expression transposée et romancée d’un sale gosse capricieux qui pète au cul de Tintin en accolant Berlin à son pseudo pour se permettre de grimacer à la cantonade dans l’espoir d’éveiller les consciences réfractaires à la réflexion des extrêmes. La phrase est longue, ça m’arrive. Enfin, vous trouverez peut-être à redire aux redites qu’il vous semblera repérer dans ce texte. Peut importe, c’est comme les vagues, c’est toujours des vagues, mais ce n’est jamais les mêmes. C’est bien pour ça qu’on aime la mer, comme le sexe, identique et différent, renouvelable et renouvelé.
Un guide à offrir, même à papa et maman. Bonne lecture, bon apprentissage éventuellement et surtout longue vie. Car vous trouverez aussi, et il faut vraiment le dire, des conseils de prévention qui ne sont pas présentés comme des empêcheurs de baiser en rond.
Propos de Lionel Duroi (Gayvox.com), amicalement transmis par notre (très estimé) confrère Patrick Elziere (Gayvox.com)
Interview d’Erik Rémès auteur du Guide du Sexe Gay aux Editions Blanche en juin 2003, Paris. Une rencontre avec Lionel Duroi pour Gayvox.com.
Comment justifies-tu la publication de ce livre trois mois après Sérial Fucker?
Le guide du sexe est le pendant positif à Serial Fucker qui est un livre antéchrist violent et provocateur. Je suis passé de l’ange des ténèbres à l’ange de la lumière. Les deux sont indissociables: ils font partie d’un projet politique et libertaire. Je travaille sur ce guide depuis 99. C’est aussi une opportunité que j’ai eue avec mon nouvel éditeur.
Que manque t-il au thème pour que le tableau soit complet sur la question?
C’est une première édition. Je compte en faire d’autres revues et augmentées. Il fait déjà 400 pages... Je parle des pratiques sexuelles mais pas des relations amoureuses. La sexualité permet de se découvrir, soi et son âme. C’est un guide pour expliquer que l’anus et la prostate sont des zones érogènes formidables et aussi puissantes que le pénis. Pour donner toutes ses lettres de noblesse à la passivité. Un guide pour incarner dans ce nouveau millénaire les révolutions des genres actif/passif, pénétrant/pénétré. Victimes d’une culture judéo-chrétienne ou la reproduction, donc la pénétration, étaient indissociables de tout acte sexuel, l’homosexualité et de nombreuses pratiques ont été laissées en arrière-plan et taxées de perversion. Je m’attache aussi à redonner une place méritée à des pratiques délaissées ainsi qu’à d’autres, plus extrêmes ou tabous. Les pratiques hards sont particulièrement développées. L’homosexualité est observée et éclairée sans tabou, dans une vision que j’ai souhaitée libre et libertaire. Un regard parfois drôle, caustique et subversif. Le ton général du livre et léger et drôle. C’est un livre accessible et facile à lire. Sur 400 pages, 100 sont réservées à la prévention (safer sexe, sexualité et séropositivité, drogues, relaspe, bareback, réduction des risques). Mais de la prévention ludique et sexy, pas de moralisme fasciste à la Act Up. Le zap de mon éditeur par Act Up m’a fait rire. Je ne pensais pas que les actupiennes seraient aussi débiles. Act Up est une association sur le déclin qui devrait laisser la place à de vrais groupes de luttes contre l’homophobie. Act Up est elle-même homophobe et sérophobe en s’en prenant directement aux gays et aux séropos. Les actupiens sont des fachos qui aimeraient mettre un flic devant chaque trou du cul. Je les emmerde, ils ne m’empêcheront pas d’écrire ni de parler. Je reviens de dix jours à Montréal. J’ai reçu un accueil formidable, je suis passé sur toutes les télés et dans tous les journaux. La France est beaucoup plus frileuse avec ce problème du bareback. Elle ne veut pas voir les choses en face. Mais malgré l’omerta et la censure du milieu gay, ce livre connaît un véritable succès.
A part le sexe, quel(s) autre(s) espace(s) de liberté te vois-tu investiguer à l’avenir?
Je sors en janvier prochain un gros pamphlet de 400 pages - Stop à l’hétéro-norme, contribution au déclin de l’hétérosexualité. 400 pages pour dire non à la bêtise hétérosexuelle et aussi questionner l’homo-norme. Puis j’ai un guide du sexe en version transversale (homme-femme, hétéro-homo-bi), puis un guide du sexe lesbien. J’ai commencé un roman sur la sexualité des enfants qui fera parler de lui. À trop parler de pédophilie, la société oublie la sexualité des gosses. J’aime travailler à partir de la sexualité parce qu’elle est, avec l’amour, un des derniers espaces de libertés de notre monde folledingue. Dans mon travail d’écrivain, je veux m’attaquer aux tabous et aux non-dits. Je prépare également une collection de romans gays sur la sexualité et la réflexion sur le sexe.
Tu n’es pas prolixe sur les aspects psychologiques et juridiques (deux angles d’approche qui permettraient d’expliquer certaines situations concrètes) pourquoi?
J’ai voulu Offrir une vision déculpabilisante, non morale, non cléricale, non juridique, non médicale et non psychanalytique de notre sexualité. Les pratiques existent, point n’est besoin de les juger.
Pourquoi GAY et pas GAI?
Oui c’est vrai, pourquoi pas. La sexualité y est abordée de manière distrayante et parfois drôle. Donc va pour gai. En même temps, j’ai voulu faire un ouvrage politique et identitaire: donc gay!
Quel est selon toi le dernier livre en date le plus proche de ce guide du sexe gay?
Sans prétention, j’ai l’impression d’avoir fait quelques chose de totalement nouveau en France. Même les guide anglo-saxon, plus nombreux, sont des dictionnaires pas des livres avec un cheminement et une progression. Souvent, les ouvrages sur la sexualité sont hétéro-normés et homophobes. Ce guide est à la fois ludique et informatif. Notre sexualité y est observée et éclairée sans tabous dans une vision que j’ai souhaitée libre et libertaire. Un regard parfois drôle, caustique et subversif. C’est un guide écrit par un écrivain, avec de l’humour et une certaine dose d’hétérophobie. La lecture est facile et distrayante que l’on soit novice ou pro du sexe.
Le Guide du Sexe Gay d'Erik Rémès, aux Ed. Blanche, (330 p). Où trouver ce livre?
www.adventice.com/store/detail.php3?id=9170&affl=gayvox
Mise en ligne par Axel
Date: Sunday, June 22 2003
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