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  Non pas convaincre, mais expliquer

Pour GayBelgium.be, Éric de Beukelaer, porte-parole francophone des évêques de Belgique, s’est volontiers exprimé à propos de certains aspects de la position catholique face aux homosexuels, et ceci par-delà les clichés et caricatures.

Non pas convaincre, mais expliquer

Je sais que je ne convaincrai pas nombre des habitués de ce site. Je leur demande simplement de me lire avec attention, afin d’essayer de comprendre une position qui a au moins le mérite d’aller à contre-courant. En effet, l’évolution sociale en Belgique fait en sorte qu’entre l’Église catholique et les mouvements HoLeBi, la position « politiquement correcte » a aujourd’hui souvent changé de camp…

Un tel changement de mentalité est le signe que la société belge est plus accueillante que de par le passé envers les personnes homosexuelles et cela est une bonne chose, même si beaucoup de chemin reste à parcourir en la matière.

Pour autant, l’Église catholique ne doit pas se taire quand il s’agit de défendre des valeurs auxquelles elle croit et qui sont aujourd’hui contestées. Une démocratie adulte se bâtit sur un débat loyal et non sur la tyrannie du consensus mou.


Mariage

Déjà en 1998 – bien avant la légalisation du mariage homosexuel – les évêques de Belgique écrivaient : Nous sommes conscients de la condition malaisée de certaines personnes homosexuelles. Parfois ces personnes aspirent réellement à une vie commune durable et exclusive (…) Nous pouvons comprendre qu’elles demandent instamment un statut particulier reconnu par le droit et par la société, avec des droits et devoirs réciproques. Mais ceci reste une disposition purement légale, nullement un équivalent du mariage (Choisir le mariage, déclaration des évêques de Belgique, octobre 1998)

L’Église catholique de Belgique apprécie les efforts du gouvernement belge pour réduire toutes formes de discrimination sociale envers les gays et les lesbiennes, mais regrette que cette politique ait conduit à l’ouverture du mariage civil aux couples homosexuels.

Illustrons ce point de vue par une comparaison. Si la Belgique dénie à un Musulman traditionnel le droit à la polygamie, ce n’est pas par anti-islamisme, mais au nom d’une défense du mariage monogame. De même, la position catholique n’est pas dirigée contre les personnes homosexuelles. Elle prend la défense d’une certaine symbolique du mariage, qui voit en celui-ci un lieu spécifique d’alliance entre les sexes.

Les mouvements HoLeBi prônent régulièrement le droit à la diversité. C’est exactement de cela dont il s’agit. Comme le Conseil d’État, l’Église catholique aurait souhaité que le gouvernement belge offre aux couples homosexuels stables, une reconnaissance et un statut diversifié qui fasse droit à leur diversité.

Respectueuse de la démocratie, l’Église prend acte que le Parlement n’a pas suivi ce point de vue. Ceci ne l’empêche pas de continuer à défendre une autre position.


Adoption

La question de l’adoption se base sur un principe que personne ne conteste : le droit à l’enfant n’existe pas. Une législation visant avant tout à satisfaire l’envie de parentalité des couples – homosexuels ou autres – irait à l’encontre du droit de l’enfant. L’enfant n’est pas un objet, mais un sujet.

Le point de vue catholique est que l’adoption par un couple homosexuel ne contribuerait pas au bien de l’enfant, car celui-ci réclame une référence – réelle ou symbolique (en cas de deuil, divorce, etc.) – à un père et à une mère.

Même si elle ne fait pas l’unanimité, cette position est partagée par plus d’un expert de la question. Ainsi, le pédopsychiatre JY.HAYEZ (in La Libre, 26 avril 2004, p.4) : Je ne conteste pas aux homosexuels la capacité d’aimer et d’élever un enfant, mais il y a une référence qu’un couple homosexuel ne peut et ne pourra jamais donner : c’est la sécurité sexuée. Si je prends l’exemple d’un petit garçon élevé par deux femmes, il sera jusqu’à 5 ans, le plus heureux des enfants. Mais après, il va commencer à se poser des questions sur la place de son genre sexuel dans la communauté humaine. Cela va générer chez lui de l’angoisse, un sentiment d’insécurité, des difficultés de comportement. Une petite fille élevée par deux femmes, peut tout aussi bien développer un sentiment de supériorité.

Différente est la situation d’enfants nés d’une précédente union hétérosexuelle, dont un des partenaires vit en couple homosexuel. Ici, l’image symbolique du père ou de la mère reste présente pour l’enfant. Il est bon que la société offre à celui-ci toutes les garanties légales en vue de son éducation, mais ceci n’implique pas l’adoption par le partenaire.


Discriminatoire ?

D’aucuns taxent la position catholique de discriminatoire. Je ne suis pas d’accord. La discrimination consiste à ne pas reconnaître la qualité d’humain aux gens. Limiter l’attribution de certains droits parce que tout n’est pas toujours possible, c’est faire œuvre de discernement.

Ce dont les personnes homosexuelles ont avant tout besoin – comme chacun de nous – c’est de reconnaissance et de respect. Certains regards détournés ou jugements condescendants, blessent autant que des injures. Et là, plus d’un catholique peut balayer devant sa porte. Même quand elle ne correspond pas à l’idéal moral de notre Église, il s’agit d’accueillir toute situation humaine qui se veut digne, avec sérénité et respect.

A quelques rares exceptions près, les humains ne choisissent pas d’être homosexuels. C’est un donné que le jeune homme ou la jeune femme découvre en lui et doit assumer. Aujourd’hui encore, cela demande une dose de courage et de vérité avec soi-même. Cette différence ne rend pas les choses faciles, mais peut être source de richesses. Toute initiative individuelle ou associative visant à accompagner des personnes homosexuelles sur ce chemin, est à encourager.


Préservatif

Sans transiger avec l’idéal chrétien, il faut du bon sens et de la souplesse pour aborder l’humanité concrète à laquelle tous nous avons part. C’est dans cette optique que plus d’un évêque a rappelé que celui qui adopte un comportement sexuel à risque, doit se protéger – ainsi que son partenaire – des maladies sexuellement transmissibles et donc utiliser le préservatif.

Pour l’Église catholique, la sexualité est bien davantage qu’une hygiène du corps. Elle est avant tout un langage de l’âme. L’idéal humanisant reste donc pour elle la fidélité, ou la chasteté. D’ailleurs, comme le montrent des études récentes (par exemple, en Ouganda), un recul significatif du fléau du SIDA, passe par une comportement sexuel mieux canalisé au sein de la population.

Mais l’idéal n’est pas toujours de ce monde. Pour celui qui choisit un autre chemin, le préservatif reste le seul moyen de réduire le risque de contamination.


Le cœur du message chrétien

Le message chrétien est exigeant. Étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la Vie (Matthieu 7, 13). Cela est vrai pour chacun de nous ; ce l’est davantage encore pour les personnes homosexuelles, à qui l’Église propose l’idéal de la chasteté. Beaucoup répondent : ce n’est pas pour moi ; je ne suis pas fait pour ça. Quand elles sont chrétiennes, ces personnes vivent souvent un décalage par rapport à l’Église.

Leur malaise est compréhensible. Face à celui-ci, je rappelle que l’idéal chrétien est une référence qui inspire et non une barrière qui paralyse. Il nous invite à une honnête remise en question, mais respecte nos choix de vie.

Par-dessus tout, il s’agit donc de ne pas perdre de vue le cœur du message chrétien. Celui-ci proclame qu’en Jésus de Nazareth, Dieu s’est fait homme. Cela signifie que Dieu rejoint chaque homme dans son humanité concrète et ceci, jusque dans ses préférences sexuelles.

Quelles que soient nos différences et nos choix, Dieu nous aime inconditionnellement et nous invite à poser sur les autres humains un regard empreint de bienveillance. Qu’ils soient catho’s ou pas. Qu’ils soient hétéro’s ou non. Vaste chantier…

Entretien : Axel (mai 2004)
Cliché : Eric de Beukelaer

Mise en ligne par Axel
Date: Tuesday, June 22 2004


 

 

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