A l'occasion de la Fête des Mères, ce dimanche, une maman a choisi de s'ouvrir librement et de retracer le parcours de son fils. Une histoire simple et touchante à la fois où chaque mot est une ode à l'amour maternel.

Depuis ma tendre enfance, je t’ai espéré et attendu. Avec ton père, nous t’avons conçu dans un immense élan d’amour. Durant neuf mois, je t’ai senti grandir en moi, plus concret et plus présent de jour en jour, avant de t’offrir le monde et de t’offrir au monde.
Etant enfant, tu riais de bon cœur, menais tes amis d’escapades en escapades, jouais avec la lumière, t’inventais des histoires dont tu étais le héros. Adolescent, tu as découvert l’érudition et l’intellect : le monde de la connaissance et de la pensée. Tu t’es mis à tout remettre en question, sapant des pans entiers de l’éducation que nous t’avions prodiguée, faisant le tri entre ce qui semblait te convenir et ce qui pouvait t’entraver. Et toujours, tu te confiais à nous, comme pour nous assurer que tu gardais la maîtrise de tes actes et de tes désirs. J’étais heureuse de te voir ainsi prendre ta vie en main.
Mais tout à coup, tu t’es mis à douter. Peut-être avais-tu été trop loin. Soudain le vertige et puis le vide. Tu as entamé des études qui ne te convenaient pas dans un domaine trop rationnel où tout est mécanique, systématique, ne laissant aucune place à la créativité. Plus de rires, plus d’escapades, plus de lumière : tu n’étais plus un héro, même pour toi.
Pour une raison que je ne m’explique pas et dont je ne chercherai jamais à comprendre les fondements, une mère jouit d’une sorte de lien subtil avec ceux et celles qu’elle a mis au monde. Ainsi, durant cette période où toi, mon fils, je te sentais si perdu, je soupçonnais de connaître la source de ton trouble et je cherchais en vain les mots pour te venir en aide. Mais comment parler d’intimité, de sensualité et d’amour à son enfant, et plus encore lorsque ceux-ci font partie d’un univers tabou, auquel on n’a jamais été confronté ?
Heureusement, ta voix intérieure s’est réveillée et tu l’as écoutée. Tu t’es à nouveau laissé émerveiller par elle. A quoi bon lutter contre un mystère plus grand que ton entendement ? Pourquoi ne pas le valoriser, le bonifier, en faire l’éloge. On ne peut aller à l’encontre de ce pour quoi on vibre. Aujourd’hui, je me réjouis de te voir à nouveau vibrer, faire de ton corps, de ton âme les instruments de ta destinée. Tu as créé ta propre musique, douce, mélodieuse, tellement tienne. Et moi, avec ton père, nous l’écoutons avec ravissement.
Ta vie avec ton ami ne fait pas partie de ce que j’avais imaginé pour toi. Certes, tu ne me donneras pas de petits-enfants, mais tu me combles au-delà de toutes mesures en t’accomplissant.
Une fois la vie donnée, il faut la laisser grandir avec le risque de la voir prendre un chemin inattendu. Mais n’est-ce pas là le fondement de l’amour ?
A vous, mes deux grands fils.
Mary
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Guérir et Gayrire
Il n'y a de vrai bonheur qu'inattendu
Mise en ligne par Axel
Date: Saturday, May 8 2004
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